Le 6 juillet 2020, en pleine crise du Covid-19, l’administration Trump notifiait son intention de quitter l’Organisation mondiale de la santé. Ce retrait, finalement annulé par Joe Biden quelques mois plus tard, restera comme un symbole : celui d’une Amérique en rupture avec l’ordre multilatéral qu’elle avait elle-même contribué à bâtir après 1945. Bien au-delà de la santé publique, ce geste traduisait la volonté d’un repli stratégique face à un monde perçu comme concurrent plutôt que partenaire.
Le 22 janvier 2026, les États-Unis ont officiellement quitté l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au terme du préavis d’un an lancé par le décret Trump de janvier 2025 (Executive Order 14155).
Ne vous y trompez pas : ce départ n’est pas un simple geste technique, une dispute budgétaire ou un caprice administratif. C’est un signal stratégique sur la manière dont l’Amérique de Trump entend redéfinir ses relations avec le reste du monde.
Un retrait illégal ? La question juridique qui fâche
Officiellement, les États-Unis invoquent le non-respect par l’OMS de leurs « exigences de réforme » et son « biais pro-chinois ». Pourtant, sur le plan juridique, ce retrait est loin d’être anodin.
L’OMS, créée en 1948 sous l’égide de l’ONU, est une institution spécialisée dont les membres s’engagent à respecter ses statuts. Or, l’article 8 desdits statuts stipule qu’un État peut se retirer avec un préavis d’un an… et en s’acquittant de ses obligations financières.
Problème : les États-Unis, premier contributeur de l’OMS (avec environ 18 à 20 % de son budget en 2020), devaient encore 260 millions de dollars à l’organisation au moment de leur départ. Une dette qui, selon plusieurs experts en droit international, pourrait rendre ce retrait de facto illégal.
Comme le souligne le New York Times, « les États-Unis ne peuvent pas simplement claquer la porte et laisser derrière eux une ardoise d’environ 260 millions de dollars d’arriérés sans violer leurs engagements internationaux » .
Une hypocrisie de plus pour une administration qui n’a cessé de brandir le « respect des règles » contre la Chine.

La santé mondiale en péril : qui paiera la facture ?
Les conséquences sanitaires de ce retrait sont immédiates et dramatiques. L’OMS, malgré ses défauts, reste le seul rempart contre les épidémies mondiales. Sans les États-Unis, son budget se réduit comme peau de chagrin, alors que les besoins explosent : vaccins, lutte contre le paludisme, réponse aux futures pandémies…
- La fin des programmes clés : Les États-Unis finançaient des initiatives majeures, comme la lutte contre la polio (quasi éradiquée grâce à eux) ou la réponse au VIH en Afrique. Sans leur argent, ces programmes risquent de s’effondrer.
- Un vide que la Chine comblera : Pékin a déjà promis de compenser une partie des pertes financières. Une aubaine pour Xi Jinping, qui renforce son influence en Afrique et en Asie via des dons de vaccins et des investissements sanitaires. Comme le note The Guardian, « les États-Unis abandonnent le terrain à leur rival stratégique ».
- Un précédent dangereux : Si les pays riches se désengagent, qui financera la santé des pays pauvres ? L’UE et le Royaume-Uni ont promis de maintenir leurs contributions, mais leur budget est loin d’égaler celui de Washington.
Ce que cache vraiment ce retrait : la doctrine Trump de la « désintégration contrôlée »
Derrière ce coup d’éclat, il faut lire bien plus qu’une simple querelle avec l’OMS. C’est une pièce maîtresse de la stratégie trumpienne pour redéfinir l’ordre mondial.
En effet, depuis 2017, l’administration américaine a méthodiquement sabordé les institutions multilatérales :
- L’OTAN affaiblie : Trump a menacé de quitter l’alliance, exigeant que les Européens paient plus.
- L’OMC paralysée : Les États-Unis bloquent la nomination de juges à l’Organe de règlement des différends, rendant l’organisation inefficace.
- L’accord de Paris abandonné : Un signal clair : l’Amérique ne veut plus de contraintes climatiques.
- Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU quitté : Parce que trop critique envers Israël.
- Les tensions avec le Groenland : En 2019, Trump a proposé d’acheter l’île à la Danemark, une manœuvre perçue comme une tentative d’étendre l’influence américaine dans l’Arctique face à la Russie et à la Chine et remet le couvert en 2026 à Davos.
La doctrine Trump n’a fait qu’exposer une vérité plus ancienne : les États-Unis n’ont jamais vraiment cessé d’imposer leur loi au monde, même quand ils prétendaient le diriger ensemble.
L’Ukraine, le Groenland, l’économie… Une stratégie de chaos calculé

Cette logique s’inscrit dans une vision plus large, où les États-Unis rejettent toute forme de gouvernance collective.
Quelques exemples récents le prouvent :
- L’Ukraine et l’OTAN : En refusant d’intégrer Kiev dans l’alliance, tout en armant massivement le pays, Washington entretient une guerre par procuration contre la Russie, sans s’engager pleinement. Une façon de maintenir l’Europe dépendante, tout en évitant un conflit direct.
- Le Groenland et l’Arctique : En relançant l’idée d’acheter l’île, Trump montre que l’Amérique considère les territoires comme des actifs négociables, pas comme des partenaires souverains.
- La guerre commerciale contre la Chine : Tarifs douaniers, sanctions technologiques… L’administration Trump a systématiquement privilégié la confrontation à la diplomatie.
- Le Conseil de la Paix (et son absence) : En quittant les instances de dialogue, les États-Unis laissent le champ libre à la Chine et à la Russie pour façonner les normes internationales.
Ce que Trump veut, c’est un monde où l’Amérique n’a plus à rendre de comptes. Un monde où elle peut imposer ses règles, ou se retirer quand ça l’arrange.
Et maintenant ? Vers un nouvel ordre… ou le chaos ?
Le départ de l’OMS n’est pas un accident, mais un symptôme. Il révèle une Amérique qui tourne le dos à 75 ans de diplomatie multilatérale, au profit d’un nationalisme agressif.
Les conséquences sont déjà visibles :
- L’OMS affaiblie : Sans les États-Unis, l’organisation perd en crédibilité et en moyens.
- La Chine en embuscade : Pékin renforce son soft power, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est.
- L’Europe en première ligne : L’UE tente de combler le vide, mais son budget et son influence sont limités.
- Les pays pauvres abandonnés : Sans financement, les épidémies reprendront, et les inégalités sanitaires se creuseront.
Dans ce schéma, l’Amérique ne se voit plus comme un « primus inter pares » dans un système de règles communes, mais comme l’actionnaire de référence qui se réserve le droit de retirer ses mises des institutions qui ne lui obéissent pas assez, et de créer ses propres plateformes parallèles.
Les Européens commencent d’ailleurs à tirer la conclusion qu’il ne s’agit plus de simples « tensions transatlantiques », mais d’un tournant structurel dans la relation, les poussant à parler d’« émancipation » vis‑à‑vis de Washington, y compris sur les questions sanitaires et humanitaires. (lemonde.fr)
NB : A ce propos, je vous invite à cliquer sur le lien en bas de l’article pour lire ma proposition visionnaire suer mon compte substack.
Et maintenant ?
La question n’est donc pas seulement : comment l’OMS compensera‑t‑elle la perte de 18 % de son budget et d’un bailleur majeur ?
La vraie question, pour les alliés comme pour les adversaires des États‑Unis, est plus large :
Combien de temps encore le reste du monde acceptera‑t‑il de dépendre d’une puissance qui transforme chaque organisation internationale – de la santé à la sécurité – en champ de manœuvre pour sa propre stratégie de deals bilatéraux ?
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(Sources : RFI, New York Times, The Guardian, OMS, ONU, rapports du Council on Foreign Relations)





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