À Davos, mercredi 22 janvier, Donald Trump a annoncé un « cadre d’accord » sur le Groenland avec le chef de l’OTAN Mark Rutte, levant ses menaces de droits de douane prévues au 1er février.[1][2]

Sauf que personne ne sait vraiment ce qu’il y a dedans. C’est du théâtre géopolitique : Trump recule tactiquement pour mieux avancer stratégiquement, tandis que l’Europe respire sans comprendre qu’elle vient de perdre du terrain.[1][2]

Le volte-face de Davos : tactique ou débâcle ?

Trump a changé de ton en Suisse. Fini les menaces de 25 % de droits de douane contre huit pays européens, fini l’ultimatum du 1er février.[1][2]

À la place : un vague « cadre » négocié avec Mark Rutte, sans détails publics, sans engagement écrit, sans même que le Danemark ou le Groenland ne confirment quoi que ce soit.[1][2] Lars Løkke Rasmussen, ministre danois des Affaires étrangères, s’est « félicité » de l’abandon des menaces douanières, mais a refusé de donner des précisions sur cet accord mystérieux.[1][2]

Voilà le piège : Trump retire la pression visible pour mieux installer la pression invisible. Il cesse de menacer publiquement, ce qui apaise les marchés boursiers américains – effondrés ces derniers jours par l’incertitude commerciale – et calme les chancelleries européennes paniquées.[1][3] Mais le « cadre » reste flou, inachevé, sans signature. C’est une pause, pas une victoire européenne.[1][2]

Mark Rutte a déclaré que la question de la souveraineté du Groenland « n’avait pas été abordée » avec Trump.[1]

Traduction : on a parlé de sécurité arctique, de bases militaires, de minerais rares, mais pas de qui gouverne l’île. C’est précisément le terrain où Trump veut négocier : non pas l’achat total (politiquement impossible), mais des zones de souveraineté partagée, des droits d’exploitation minière, des bases militaires permanentes.[2] Le Danemark pourrait accorder la souveraineté de « petites zones » du territoire, selon les rapports.[2]

Autrement dit, l’Arctique se fragmente déjà.

Les marchés boursiers, baromètre de la panique

Les bourses américaines ont chuté ces derniers jours, paniquées par les menaces douanières de Trump.[1] Le président l’a lui-même reconnu à Davos : « le marché boursier avait chuté à cause de l’Islande » – il voulait dire le Groenland, mais peu importe, l’erreur révèle son obsession.[1] En levant les menaces, Trump apaise Wall Street, redonne confiance aux investisseurs, et se positionne comme le pragmatique qui négocie plutôt que le fou qui impose des tarifs.[1][3]

C’est du calcul pur : retirer la menace visible pour garder la pression invisible. Les marchés remontent, l’Europe baisse la garde, et Trump continue ses négociations en coulisse sans l’éclairage médiatique. Pendant ce temps, les vraies questions restent sans réponse : quel accès militaire américain ? Quels droits miniers ? Quelle présence chinoise et russe sera tolérée ?[1][2]

L’Europe respire, mais elle ne devrait pas

Copenhague a poussé un soupir de soulagement. Lars Løkke Rasmussen a salué l’abandon des droits de douane, déclarant que Trump « met la guerre commerciale en pause » et « ne va pas attaquer le Groenland ».[1] Mais attendre quoi ? Un accord sans détails, sans engagement, sans calendrier. C’est du temps gagné, pas une victoire.

Paris et Bruxelles font la même erreur : elles croient que le retrait des menaces signifie une victoire diplomatique.

Faux. Trump a juste changé de tactique. Il négocie maintenant en privé ce qu’il criait en public : l’accès arctique américain, les minerais rares, les bases militaires, l’exclusion de Pékin et de Moscou.[1][2]

Et sans la pression médiatique, sans les tweets, sans les menaces visibles, l’Europe ne verra pas venir le coup.

Le vrai enjeu : qui contrôle l’Arctique en 2030 ?

Ce « cadre » annoncé à Davos ne change rien au fond : l’Arctique se réorganise, les routes maritimes s’ouvrent, les minerais rares deviennent critiques.[1][2] Trump veut le contrôle américain, Pékin avance masqué via des investissements miniers, Moscou domine militairement avec plus de 60 brise-glaces dont 5 nucléaires contre quatre pour les USA.[1]

L’UE ? Toujours zéro capacité autonome, dépendante de l’OTAN pour toute projection nordique.[1]

Le « cadre » de Davos ne mentionne pas explicitement la souveraineté danoise, ce qui signifie qu’elle est négociable.[1][2] Danemark, Groenland et États-Unis « négocieront » pour empêcher la Russie et la Chine de s’implanter, selon l’OTAN.[2]

Traduction : Washington impose ses conditions, Copenhague accepte, et le Groenland devient une zone de sécurité américaine de facto.

La France doit enfin agir

Paris commente, Bruxelles philosophe, Washington agit. Le « cadre » de Davos est un signal : Trump négocie sérieusement, pas en bluffeur. Et l’Europe n’a rien à opposer sauf des discours. Pas de brise-glaces, pas de bases arctiques, pas de stratégie minière autonome.[1][2]

La priorité 2030 reste la même : tonnage et industrie, ou l’Arctique filera à d’autres. Trump a retiré ses menaces, mais il n’a pas renoncé à ses objectifs. L’Europe doit comprendre que le silence n’est pas la paix, c’est l’absence de pouvoir.

Et contrairement à cette célèbre expression, dans la situation actuelle :

Le silence n’est pas d’or !

L’Arctique n’est pas un décor lointain.
C’est l’un des lieux où se décide dès maintenant la hiérarchie des puissances au XXIᵉ siècle.

Ce moment est très important !

Pensez-vous que l’Europe saura enfin investir dans une vraie capacité arctique, ou continuera-t-elle à négocier depuis la position du faible ? L’espoir demeure : il n’est pas trop tard pour que Paris et Bruxelles tracent leur ligne polaire.


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