Mars 2026. Alger se réveille avec une nouvelle qui, pour beaucoup, sent le déjà-vu : les locaux de SOS Disparus – Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA) sont mis sous scellés. Officiellement, c’est une « mesure administrative ». En réalité, c’est un coup de massue sur la mémoire d’une décennie que l’État algérien préférerait voir enterrée : la décennie noire (1992-2002).

Pour les néophytes, un rappel s’impose : cette période, c’est 10 ans de guerre civile, entre 100 000 et 200 000 morts, des milliers de disparus, et un État qui, aujourd’hui encore, refuse de faire toute la lumière sur les responsabilités. Pour les familles des victimes, c’est une plaie ouverte. Pour le pouvoir, c’est un cadavre dans le placard qu’il faut à tout prix garder fermé.

SOS Disparus : l’association qui dérange

Photo journal Le Monde

Fondée en 1998, SOS Disparus n’a jamais été une ONG comme les autres. Son crime ? Documenter. Recueillir des témoignages. Exiger des comptes. Rappeler que derrière les chiffres, il y a des visages, des noms, des familles brisées.

En Algérie, parler des disparus, c’est toucher à un tabou d’État. Car si les islamistes armés ont commis des atrocités, l’armée et les services de sécurité n’ont pas été en reste. Torture, exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées – autant de pratiques qui, si elles étaient reconnues, ébranleraient la légitimité des institutions.

Alors, plutôt que d’affronter le passé, le pouvoir préfère le verrouiller. Fermer SOS Disparus, c’est envoyer un message : « On ne veut plus entendre parler de ça. »

La mémoire comme champ de bataille

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie tente d’étouffer les voix qui réclament justice. En 2005, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale a gracié les islamistes et interdit toute poursuite contre les forces de sécurité. Résultat ? L’impunité est devenue la règle.

Mais les familles des disparus n’ont pas lâché. Elles ont continué à manifester, à documenter, à exiger la vérité. Et c’est ça qui dérange. Parce qu’une mémoire qui résiste, c’est une menace pour le récit officiel.

Le pouvoir algérien a toujours préféré une mémoire sélective : on célèbre la guerre d’indépendance (1954-1962), mais on enterre la décennie noire. Pourquoi ? Parce que la première renforce la légitimité de l’État, tandis que la seconde la fragilise.

Un État qui a peur de son ombre

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La fermeture de SOS Disparus n’est pas un acte isolé. C’est la dernière étape d’une stratégie de contrôle de l’Histoire.

  • 2019 : Le Hirak, mouvement de protestation populaire, réclame justice pour les victimes de la décennie noire. Le pouvoir répond par la répression.
  • 2021 : Le président Tebboune promet une « réconciliation nationale », mais sans mécanisme de vérité ni de justice.
  • 2026 : SOS Disparus est fermée. Coïncidence ? Bien sûr que non.

Le message est clair : en Algérie, on ne touche pas à la décennie noire.

Et maintenant ?

Les familles des disparus ne vont pas disparaître avec l’association. Elles continueront à se battre, même dans l’ombre. Parce que la mémoire, ça ne se scelle pas avec des tampons administratifs.

Mais cette fermeture pose une question cruciale : jusqu’où l’Algérie est-elle prête à aller pour effacer son passé ?

La réponse, malheureusement, est simple : aussi loin qu’il le faudra.

Pourquoi ça nous concerne tous

Ce qui se passe en Algérie n’est pas qu’un problème algérien. C’est une leçon sur le pouvoir et la mémoire.

  • Un État qui contrôle l’Histoire contrôle le présent.
  • Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre.

Si l’Algérie veut vraiment tourner la page, elle doit d’abord la lire. Pas la censurer.

Un espoir malgré tout

Malgré tout, il y a des raisons d’espérer. Les familles des disparus continuent de se battre. Les journalistes, les chercheurs, les militants ne lâchent rien. Et à l’ère du numérique, la vérité finit toujours par percer.

Alors oui, aujourd’hui, SOS Disparus est fermée. Mais demain ? Demain, peut-être que l’Algérie osera enfin regarder son passé en face. Comme elle demande de le faire à la France. CQFD !


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