Le Kordofan n’est plus un théâtre périphérique : c’est l’épicentre d’une guerre qui redessine le Soudan en deux blocs hostiles, entre un est sous contrôle des Forces Armées Soudanaises (SAF) et un ouest dominé par les Forces de Soutien Rapide (FSR).

Cette fracture territoriale, visible sur les cartes des affrontements récents, révèle une dislocation étatique avancée, alimentée par des enjeux cruciaux : routes de trafic, ressources pétrolières, fragmentation des alliances et crimes de masse qui s’accumulent dans un silence médiatique assourdissant.

Une cartographie qui hurle la partition de facto

Réalisation P. Orcier. Copyright 2024 Institut FMES-Orcier
Orcier/FMES

Depuis la reprise de Khartoum par les SAF, les combats se concentrent sur le Kordofan, pivot stratégique reliant le centre à l’ouest darfourien. Les FSR, après avoir consolidé Darfour – y compris la chute brutale d’El Fasher le 26 octobre 2025, marquée par plus de 1 300 civils tués en une semaine – poussent vers l’est, assiégeant El Obeid (Nord-Kordofan) avec des drones FH-95 et visant Kadugli et Dilling (Sud-Kordofan), sous blocus famélique depuis deux ans.

Les SAF contre-attaquent, reprenant Kadugli et Dilling fin janvier 2026, mais à quel prix ? Plus de 17 000 morts en 2025 rien qu’en violence liée au conflit, dont 4 000 par les attaques FSR sur civils.

Cette ligne de front est-ouest solidifie une division : SAF à l’est (Port-Soudan, Khartoum reconquis), FSR à l’ouest (Darfour quasi-total).

Le Kordofan, avec ses champs pétrolifères vitaux et ses routes vers Khartoum, est le nœud gordien – sa chute pourrait sceller la balkanisation, exposant les routes de trafic (armes, or, humains) et l’accès aux ressources qui irriguent les deux camps.

Les FSR visent une administration rivale à l’ouest ; les SAF sécurisent leurs lignes d’approvisionnement. Résultat : une recomposition des alliances régionales où chaque avancée territoriale renforce les rivaux internes, fragilisant les deux protagonistes.

Crimes de masse et exode : l’horreur humanitaire banalisée

Au-delà des lignes bleues des cartes ACLED, c’est une immense scène de crime qui se déploie. À El Fasher, massacres post-conquête ; à Kadugli, famine déclarée par l’ONU, avec Dilling au bord du gouffre faute d’accès humanitaire.

El Obeid compte cent nouveaux monticules funéraires en deux semaines de janvier 2026, sous drones et siégé par les FSR .

Displaced Sudanese civilians at Um Yanqur camp. (AFP/File)

Nathaniel Raymond, de Yale, alerte : 2026 pourrait être l’année la plus sanglante des trois de guerre, avec 14 millions de déplacés – la plus grande crise interne mondiale – et la moitié de la population en insécurité alimentaire aiguë.

Ces crimes de masse, viols systématiques (comme à Al Fahd IDP camp) et famines artificielles, rappellent le génocide darfourien de 2003-2005, version 2.0. Mais où sont les enquêtes internationales ?

L’impunité cartographie l’impuissance : ONU, OHCHR alertent sur l’intensification au Kordofan, sans suite.

Ces crimes de masse, viols systématiques (comme à Al Fahd IDP camp) et famines artificielles, rappellent le génocide darfourien de 2003-2005, version 2.0. Mais où sont les enquêtes internationales ? L’impunité cartographie l’impuissance : ONU, OHCHR alertent sur l’intensification au Kordofan, sans suite.

Contagion régionale et rôles discrets des puissances

guerre soudan forces armées

La dislocation soudanaise n’est pas isolée. Les FSR débordent vers le Tchad ; les SAF flirtent avec une offensive nordiste.

Risques de contagion : Centrafrique, Libye, Soudan du Sud déjà gangrénés par les réseaux FSR (via Centrafrique, Tchad, Kenya, Ouganda) .

Et les parrains ?

Rôle discret mais décisif : Émirats arabes unis arment les FSR en drones et matos ; Arabie saoudite, Égypte, Iran, Pakistan, Turquie soutiennent les SAF.

La Russie ? Ombre via ses proxies Wagner/ Afrique Corps, pillant or et Wagneriens recyclés chez les FSR. Ces puissances du Golfe jouent les médiateurs (groupe « quad » avec USA, visant trêve humanitaire) tout en alimentant le feu – un cynisme qui mine toute paix.

Les SAF rejettent les pourparlers, protégeant leurs alliés islamistes (brigade al-Baraa, 20 000 hommes), au risque de froisser Riyad et Le Caire.

Paix est improbable en 2026 : consolidation des gains, drones FSR upgradés, gouvernements rivaux en gestation.

Le silence médiatique : complaisance ou fatigue ?

Pourquoi cet aveuglement relatif face à Gaza ou l’Ukraine ?

Le Soudan tue en silence : 150 000 morts estimés dès 2024, comptage perdu depuis. Pas de géopolitique sexy, juste une Afrique saignante ignorée. Ce mutisme masque l’échec international : fonds humanitaires taris, « quad » impuissant, dislocation étatique consommée.

Tranchons : le Soudan n’est pas perdu.

Il est certain que cette cartographie alerte : le Kordofan décidera de l’unité ou de la scission. Pression sur les parrains du Golfe, sanctions ciblées sur les drones et ou sur l’or, accès humanitaire forcé – c’est possible.

L’espoir ? La grande résilience des civils soudanais et une communauté internationale qui pourrait enfin cartographier non pas les combats, mais la paix. 🙏

Lire mon précédent article sur le Soudan, ICI !

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Sources : liens sont insérés dans l’article.

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