Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran traverse une crise sans précédent.

Dix-huit jours de soulèvement populaire ont provoqué une répression d’une brutalité inédite : selon les données vérifiées, au moins 2 615 morts confirmés et 18 470 arrestations, avec des estimations internes du régime évoquant jusqu’à 12 000 décès.

Ces chiffres dépassent largement les 1 500 tués lors des protestations de 2019 et les 550 de 2022-2023. Amnesty International parle de « massacres » commis « à une échelle sans précédent ».

Une répression systématique et coordonnée

Le régime iranien a clairement identifié ces manifestations comme une menace existentielle. Le ministre de la Justice, Amir Hossein Rahimi, a déclaré le 14 janvier que quiconque participe aux rassemblements depuis le 8 janvier est engagé dans une « guerre interne ».

Cette rhétorique révèle la perception du régime : il ne s’agit plus de « troubles » à gérer, mais d’une révolution à écraser.

https://www.lorientlejour.com/article/1490911/en-iran-lheure-de-verite-pour-les-gardiens-de-la-revolution.html

Les forces de sécurité—Gardiens de la Révolution (IRGC), Basij et police (FARAJA)—ont reçu des ordres de tirer à vue, y compris à l’arme lourde.

Des témoignages rapportent des scènes de chaos urbain : à Shiraz, des manifestants se battent aux couteaux et machettes contre les forces de l’ordre. À Téhéran, une seule morgue aurait reçu entre 700 et 1 000 cadavres.

Le black-out internet depuis le 8 janvier vise à étouffer les images de cette répression.

Pourtant, malgré cette brutalité, des divisions apparaissent au sein du régime lui-même.

Plusieurs officiels ont divulgué des chiffres de morts contradictoires à la presse occidentale (2 000, 3 000, voire 12 000), suggérant des désaccords profonds sur la stratégie.

C’est un signe d’instabilité interne.

Le silence assourdissant de l’Occident

Ici réside le paradoxe majeur : face à ce qui pourrait être qualifié de crimes contre l’humanité, l’Occident—et particulièrement l’Europe—demeure étrangement discret.

La France, notamment, s’est contentée d’un tweet isolé de Macron condamnant la « violence d’État », sans suivi diplomatique visible.

Pourquoi ce mutisme ?

Trois raisons structurelles expliquent cette retenue :

1. L’héritage nucléaire. La France protège l’accord JCPOA de 2015, même expiré. Un soutien explicite aux manifestants risquerait de radicaliser davantage le régime et de fermer définitivement la porte à toute négociation future sur le nucléaire iranien. Paris préfère préserver les canaux diplomatiques.

2. L’équilibre du Golfe. L’Europe ne souhaite pas basculer dans un camp clairement pro-israélien ou pro-américain. Un effondrement du régime iranien créerait un vide géopolitique que les États-Unis et Israël exploiteraient immédiatement, renforçant leur domination régionale. Paris craint cette polarisation.

3. Les otages et les intérêts économiques. Environ 1 000 citoyens français sont en Iran, dont deux otages à l’ambassade (Cécile Kohler et Jacques Paris). Une rhétorique trop agressive risquerait de les mettre en danger. De plus, une intervention américaine déstabiliserait les marchés énergétiques, affectant directement les économies européennes.

Le spectre d’une intervention américaine

C’est ici que le scénario devient véritablement préoccupant. Donald Trump a déjà signalé son intention d’« aider » les manifestants.

Une intervention militaire américaine—même limitée—aurait des conséquences géopolitiques catastrophiques :

France 24

Mondialement : Le prix du pétrole dépasserait les 150 $/baril, déclenchant une crise énergétique mondiale. Les économies européennes, déjà fragiles, seraient gravement endommagées. La Chine et la Russie, alliées du régime iranien, pourraient riposter par des sanctions contre les intérêts occidentaux.

Au Moyen-Orient : Un vide post-régime créerait un chaos incontrolable. Les groupes chiites (Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices irakiennes) perdraient leur principal soutien. Israël gagnerait une liberté d’action sans précédent, mais la région s’embrasserait. Les réfugiés iraniens afflueraient vers le Golfe et la Turquie, déstabilisant ces pays. Les tensions sectaires chiites-sunnites s’intensifieraient.

Pour la France et l’Europe : Perte d’influence diplomatique, dépendance énergétique accrue, et risque d’être entraînées dans un conflit régional sans fin.

Conclusion : L’impasse stratégique

Le régime iranien, bien que brutalement répressif, semble capable de maintenir le contrôle à court terme. Les protestations ont diminué en intensité depuis le 8 janvier, non par manque de volonté populaire, mais par épuisement et terreur.

Une intervention américaine ne libérerait pas l’Iran ; elle le fragmenterait.

L’Europe, et la France en particulier, ont choisi le silence comme stratégie de survie.

C’est moralement trop insatisfaisant, mais géopolitiquement rationnel : préserver les intérêts à long terme plutôt que de céder à l’émotion du moment.

La question n’est plus « comment sauver les manifestants iraniens ? » mais « comment éviter que cette crise ne déclenche une guerre régionale ? »


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